Dominique-Jean Larrey

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Dominique-Jean Larrey

Message  BIFFIN le Lun 13 Nov 2017 - 10:00

Dominique-Jean Larrey
Chirurgien en chef de la Garde Impériale (grande tenue)
Figurine Métal Modèles 54 mm















Dominique-Jean Larrey (1766 –1842)

Dominique Larrey est sans doute le chirurgien militaire le plus célèbre et l’une des figures de l’épopée révolutionnaire et impériale les plus reconnues et respectées. Il brilla par sa science médicale et anatomique, par son extraordinaire dextérité chirurgicale mais aussi par son sens de l’organisation et sa grande humanité, son souci constant du bien-être de ses malades et blessés, amis comme ennemis.
Il fut aimé tant des petits que des grands.
En 1799 en Syrie il fut appelé « la Providence des soldats ». Au passage de la Bérézina les grenadiers de la garde lui frayèrent dans la cohue un passage sur les ponts.
Napoléon dans son testament dit de lui « Larrey, l’homme le plus vertueux que j’ai connu » ou encore "si jamais l'Armée élève un monument à la reconnaissance c'est à Larrey qu'elle doit le consacrer". Il lui offrit sa propre épée au soir d’Eylau, en remplacement de celle que Larrey avait perdu pendant la bataille. Il le fit officier de la Légion d'Honneur dès 1804 et baron d'Empire au soir de Wagram en 1809.
A Waterloo, Wellington fit suspendre le tir pour laisser passer son ambulance et au soir de la bataille, alors que fait prisonnier il allait être fusillé par les Prussiens, il fut reconnu par un officier ; Blücher –dont il avait soigné le fils en 1813- l'invita à sa table et le fit raccompagner par un de ses aides de camp jusqu’aux lignes françaises à Louvain.  


On doit entre autres à Larrey une première thèse en médecine sur "la carie des os" en 1786 et une seconde en 1803, fondée sur son expérience et intitulée "Dissertation sur les amputations des membres à la suite des coups de feu" .
Alors que les chirurgiens étaient interdits de présence à moins de 4 km des combats, il fut le promoteur infatigable de la chirurgie de l'avant qui permettait des interventions en urgence, la rapidité des soins diminuant la mortalité infectieuse (gangrène et tétanos), ainsi que la douleur due à l'absence d'anesthésie (quand l'intervention pouvait avoir lieu pendant la phase de sidération post traumatique) .
En ce sens il imagina dès 1792 et organisa en 1797 un service d'ambulances volantes avec un succès tel qu'après Campo-Formio le général Bonaparte lui déclara :"Votre œuvre est une des plus hautes conceptions de notre siècle et suffira à elle seule à votre réputation".
Sous sa direction les ambulances et hôpitaux de la Garde furent les seuls de l'Armée correctement dotés.
S'il lui fut reproché une chirurgie parfois trop mutilante, son habilité, sa technique de désarticulation et sa rapidité opératoire (il désarticulait une hanche ou une épaule en 2 minutes!) lui permirent de sauver de très nombreuses vies. Il fut un enseignant remarquable et forma quantité de jeunes chirurgiens, sur le tas ou dans les hôpitaux où il séjournait, créant des écoles d'instruction au Caire, à Madrid, à Berlin....
Il fut un des premier à développer la notion de triage d'urgence. Il étudia aussi les maladies contagieuses, gangrène, ophtalmies, hépatites, scorbut (dont il fut lui-même sauvé à Königsberg par le Dr Louis Jacobi au retour de la Campagne de Russie) .
En anatomie il laissa son nom aux fentes de Larrey, situées au niveau du diaphragme et voies de ponction péricardique. Larrey était soucieux de la sécurité de ses blessés. Il n'hésita jamais pour cela à payer de sa personne, comme à la ferme Heurtebise en 1813, épée à la main contre les cosaques, ou pendant la Révolution de 1830 quand il résista aux émeutiers qui venaient enlever les gardes suisses blessés pansés dans son infirmerie, les sauvant d'une mort certaine.
En 1813, s’opposant au maréchal Soult, il prit la défense de jeunes recrues accusées d’automutilation sur les mains, montrant que leurs blessures étaient provoquées par le tir mal contrôlé de leurs camarades des 2e et 3e rangs, leur épargnant ainsi le peloton d’exécution. Cela lui valut la rancœur de Soult qui le poursuivit de son inimitié jusqu’après sa mort quand, en 1842, devenu Ministre de la Guerre, il refusa que la dépouille de Larrey soit enterrée, selon sa demande, dans un jardin des Invalides.
Le corps de Larrey fut inhumé au Père Lachaise à Paris, son cœur et ses entrailles furent déposées en 1854 dans une urne dans la chapelle de l’hôpital du Val de Grâce.
En 1992 ses restes furent transférés dans la chapelle des Invalides, caveau des gouverneurs.
L'éloge funèbre de Larrey fut prononcée par Michel Lévy, futur médecin-général en chef des armées, directeur de l'Ecole d'application du Val de Grâce sous le Second Empire.

Larrey porte l’uniforme de couleur « bleu national » , propre aux officiers de santé. Cette couleur fut d’abord gris de fer sous le Consulat puis « bleu barbeau » selon le règlement de vendémiaire An XIII. Cette couleur peu appréciée fut vite abandonnée pour ce bleu national, sorte de tissu bleu gris mêlé de fil blanc . Les revers, le col et les retroussis de manche sont cramoisis. Il est à remarquer que s’il porte l’aiguillette de la Garde il lui manque un attribut essentiel, à forte charge symbolique : l'épaulette ; ceci est l’occasion d’aborder le statut des officiers de santé sous l’Empire.

 
Le statut des officiers de santé sous l’Empire (et après)

Cet uniforme, largement galonné, ne doit pas faire illusion. Les officiers de santé avaient pour la plupart une tenue bien moins flatteuse. La tenue officielle concerne d’ailleurs essentiellement ceux affectés dans les hôpitaux militaires. Pour ceux affectés à un régiment la tenue la plus souvent portée était celle de leur unité avec au niveau du col et pour unique signe distinctif des broderies sur fond noir pour les médecins, cramoisi pour les chirurgiens et vert pour les pharmaciens. Ceci est particulièrement vrai pour la cavalerie. (De nos jours ces couleurs ont changé : Velours cramoisi pour les médecins (les chirurgiens n’étant plus mis à part), vert foncé pour les pharmaciens, prune pour les chirurgiens-dentistes et grenat pour les vétérinaires). Les broderies étaient un simple signe distinctif et en aucune façon une marque de grade. Il existait deux classes pour les médecins, trois pour les chirurgiens.
Le terme même d’officier de santé prête à confusion.                                                    
L’officier de santé a une charge, un office, comme l’officier d’état civil par exemple. En aucun cas il n’a de statut militaire. Licencié, il n’a pas le droit à une pension. Sans aucune autorité, il est complètement assujetti aux Ordonnateurs et Commissaires des guerres qui n’ont pas les compétences pour évaluer les besoins en matériel et en personnel de l’armée dans le domaine médical et trop souvent pas le désir d'y pourvoir (sans parler de leur honnêteté...) .
La parcimonie des moyens alloués conjuguée à la faiblesse des connaissances médicales de l’époque seront cause de catastrophes sanitaires notamment en Espagne et pendant la campagne de 1813.
Tous les efforts de Larrey mais aussi de Percy, de Heurteloup ou de Desgenettes pour faire évoluer cette situation resteront vains. Napoléon avait une piètre estime pour les médecins et chirurgiens, en dehors de ceux cités ci-dessus et de son chirurgien personnel, Yvan.
Aussi jamais n’accordera-t-il aux officiers de santé le statut d’officier, concrétisé par le port de l’épaulette, et même Larrey en est dépourvu, comme il a été dit en introduction à cet article.
Cette situation est vécue comme particulièrement inique par le personnel de santé qui estime partager avec la troupe misères et dangers bien plus souvent que d’autres spécialistes, comme par exemple les ingénieurs géographes, qui eux ont un statut militaire.

La chute de l’Empire n’amènera pas d’évolution notable. Si en 1834 médecins, chirurgiens ou pharmaciens sont reconnus comme officiers militaires il faudra attendre les réformes de 1882 et 1889 pour voir le service de santé des armées acquérir enfin son autonomie, des moyens organiques propres et que les grades y soient équivalents à ceux des autres armes.
La longue absence de réponse à ces revendications fit que le mécontentement était grand au sein des officiers de santé qui prirent généralement fait et cause pour les révolutionnaires, tant en 1830 qu'en 1848 .
Ainsi, au moment des émeutes de 1848, les chirurgiens sous-aides du Val de Grâce se dispersèrent-ils dans les rues de Paris en organisant des postes de secours auprès des barricades des insurgés.
La statue en buste du roi-Louis Philippe qui trônait dans la salle de garde du Val de Grâce fut même brisée et remplacée par un buste de... Larrey.

Il faut noter enfin que dans le civil le terme d’officier de santé désigne depuis la loi du 19 ventôse An XI (10 mars 1803) des praticiens non bacheliers, à la formation écourtée, sorte de «sous médecins » qui ne pouvaient exercer que dans le département où ils avaient été nommés avec des prérogatives médicales limitées.
Cette loi révolutionnaire visait avant tout à briser un monopole de corporation mais elle fut vite critiquée du fait des piètres compétences de beaucoup d’officiers de santé. Leur peu de prestige retombait d'ailleurs, par amalgame, sur les officiers de santé de l'armée.
La fonction ne disparut qu’en 1892. Il restait encore cette année-là en France 2214 officiers de santé pour 12 324 médecins et chirurgiens.
Le plus célèbre d’entre eux est sans doute le personnage de Flaubert, Charles Bovary, le mari d’Emma.  


Bibliographie: - La médecine militaire (sous la direction d' Eric DEROO  éditions ECPA-D)                                            
                    - Histoire de la médecine aux armées (sous la direction du médecin-général Albert Fabre  éditions Lavauzelle)                                            
                      - http://medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/larrey_dj.html  
-http://www.histoire-medecine.fr/napoleon-et-la-medecine-article-service-sante-grande-armee.php
et aussi : Les planches collectées par Roundabout à la rubrique "Le monde des uniformes" (XIXe siècle/Napoléonien/France/divers/services de santé et vétérinaires)


Dernière édition par BIFFIN le Lun 13 Nov 2017 - 22:46, édité 1 fois
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Dominique-Jean Larrey.

Message  JackNap1948 le Lun 13 Nov 2017 - 10:05

Salut Marc.
Bravo pour ce beau chirurgien connu de toute l'Europe à son époque.
Bonne journée et à plus tard.
Jacques.

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À mon très grand ami Patrice († 58).
À ma petite belle-fille Gaëlle († 31).




Décor "simpliste" pour rejouer, à une dizaine de joueurs, la Bataille d'Eylau en 1807.
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Re: Dominique-Jean Larrey

Message  Borodino le Lun 13 Nov 2017 - 11:33

Belle peinture pour un grand bonhomme.

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Re: Dominique-Jean Larrey

Message  ROUNDABOUT le Lun 13 Nov 2017 - 11:53

Très bel hommage, bravo Marc

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Des troupes ? Où voulez-vous que j'en prenne ? Voulez-vous que j'en fasse ?
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Re: Dominique-Jean Larrey

Message  Duck of Moun le Lun 13 Nov 2017 - 12:42

Beau travail dans cette tenue bleue barbeau bien connue....
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Re: Dominique-Jean Larrey

Message  BIFFIN le Mar 14 Nov 2017 - 21:35

Merci à vous tous pour vos appréciations. Larrey est à tous points de vue un personnage vraiment hors du commun !
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Re: Dominique-Jean Larrey

Message  sergiofig le Mar 14 Nov 2017 - 21:56

très ressemblant, très beau historique. très bien
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sergiofig

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Re: Dominique-Jean Larrey

Message  lopez le Sam 18 Nov 2017 - 6:50

Bonjour Biffin,
merci de nous régaler les yeux de ce magnifique chirurgien des armées.
Philippe.

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